Actualité de l'emploi et des réseaux sociaux
8 fév
Le premier ministre doit présenter, ce lundi, « un point d’étape » qui ressemble beaucoup à la fin du débat sur l’identité nationale des personnes physiques en France, mais qu’en est-t-il de l’identité des entreprises françaises constituées, elles, par des personnes morales.
L’excellent éditorialiste de Challenges, Denis Kessler évoquait, il y a quelques semaines, les origines des entreprises françaises au siècle dernier en affirmant qu’ « on donnait le nom de famille à ces entreprises et, comme dans Lucky Luke, on ajoutait « and Bros. » pour désigner la fratrie, ou « and Sons. » pour nommer la descendance ». Les raisons sociales, en l’occurrence la généalogie familiale, portaient explicitement l’adjectif « français » ou «national ».
Mais une analyse historique montre que les entreprises ont un sort parfois totalement divergent de celui de la nation en période de crise économique (1929) ou en temps de guerre (première et seconde guerre mondiale par exemple pour ce qui concerne la France). Certaines profitent de situation de chaos pour se développer alors que d’autres moins chanceuses s’effondrent. A la libération, en 1945, à côté des séances de psychiatrie nationale que constituaient les lynchages et tonsures de femmes, sur la voie publique, qui avaient « trempé » dans l’infamie de la collaboration avec l’ennemi, les entreprises ont été nationalisées pour mettre en relief un lien étroit entre l’entreprise et l’Etat.
Ce mouvement, jamais démenti de manière catégorique sous la V ème République malgré les réticences de certains présidents, fut accentué avec l’arrivée de Mitterrand en 1981. Mais l’entrée de l’Espagne et du Portugal dans la CEE (Communauté Economique Européenne) en 1986 constitue un tournant dans l’identité française des entreprises. Elle marquait, 31 ans après le traité de Rome, un vrai tournant vers la mise en place d’une Europe unie par des textes (économiquement puis… politiquement). Certaines entreprises passèrent de nationales à « plurinationales » ou « globales ».
Depuis, cette tendance s’est accentuée et s’est généralisée malgré le fantasme que Denis Kessler décrit comme étant « la peur des « entreprises étrangères » aux desseins toujours maléfiques, qui font «main basse » sur nos entreprises ». Ce qui amène à poser la question suivante. Qu’est-ce qu’une entreprise française ? Il n’en existe pas une définition standard. Mais sans les sociétés étrangères, les investissements étrangers, les chercheurs ou sans les travailleurs étrangers, les entreprises dites françaises occuperaient-elles les places qu’elles occupent aujourd’hui dans l’économie mondiale ?
L’Union Européenne interdit, à travers les lois sur la concurrence, les discriminations entre entreprises selon la nationalité. Le monde des personnes morales – des entreprises – serait-il plus égalitaire que celui des personnes physiques ?
Ajouter une réponse